Paul-Vincent Avril

 

Je suis invité au Clos des Papes, rien que ça... Bon allez, soyons tout à fait honnête, JE ME SUIS invité au Clos des Papes. Mais tout de même, monsieur Avril, légende de Chateauneuf-du-Pape, a accepté de me recevoir avec mon alcoolique, pardon! mon acolyte sommelier de l'Hôtel d'Europe.

Rendez-vous 9h30, lundi 29 janvier. Pierre, mon sobre collaborateur, et taxi d'un jour, pourtant d'une ponctualité indéfectible, choisit ce matin historique pour se présenter à ma porte huit minutes avant l'échéance; étant donné que ladite porte se trouve à une vingtaine de minutes de celle du Clos, il ne me semble pas manquer de discernement lorsque je me mets à l'admonester tel un animal aquatique infecté.

Las; nous arpentons le chemin avec une pointe de fougue dans le pilotage, toute proportion gardée bien entendu; comme le disait un adage bien connu: "rien ne sert de courir, il faut partir à point"...n'est-ce pas, Pierre?

Nous passons finalement la ligne d'arrivée à 9h39. Honorable.

Monsieur Vincent Avril lui-même nous accueille; est-ce sa force tranquille, son sourire bienveillant, ou bien encore l'absence d'horloge en ces lieux édifiants? J'oublie vite notre négligeable retard, et pétille d'excitation de rencontrer l'homme qui produisit en 2005, le meilleur vin du monde, selon le Wine Spectator, le plus important magazine vinicole avec, excusez du peu, plus de 300000 exemplaires mensuels...

J'embrasse le caveau d'un regard attentif et émerveillé; mes yeux parcourent la salle à 360 degrés pour admirer affiches vintage, quantité d'objets œnologiques de collection, fenêtres offrant la vue toujours émouvante du prestigieux vignoble... Et là, c'est le drame. Mon œil (je crois bien que c'était le droit) abasourdi achève son observation par une plaque métallique qui trône littéralement au dessus d'une table dévouée à la dégustation, et professant  la mention quelque peu accusatrice:

“Le temps c’est de l’argent, l’exactitude est la première qualité de l’ouvrier consciencieux, remarquez ! ce sont toujours les mêmes qui arrivent en retard”

Je ne peux réprimer un air penaud, inconfortablement régressif. Mais aussitôt mon sentiment se transforme; une inquiétude m'envahit peu à peu...Monsieur Avril, en vigneron illustre et omnipotent, aurait-il installé cette plaque juste avant notre arrivée? Le poids de son regard devenu soudain énigmatique m'écrase, je rapetisse inexorablement, pour redevenir un enfant apeuré pris la main dans le pot de pâte à tartiner payé 70% moins cher.

Heureusement la vue de Pierre m'apaise, celui-ci paraît bien loin de mes abstractions tourmentées. 
D'ailleurs notre hôte nous invite à le suivre dans l'antre du Clos; nous pénétrons la grotte des réjouissances, sentiments mêlés: impatients de déguster les vénérables breuvages, mais aussi angoissés, et pour cause: nous connaissons le tragique épisode qui survînt quelques années plus tôt. Je ne peux m'empêcher de questionner l'intéressé sur ce douloureux souvenir. 
"C'est ici que la cave s'est écroulée?" 
V.A. acquiesce gravement. Des travaux importants avaient lieu pour agrandir la cave; un jour inscrit dans la mémoire collective de tous les amateurs de ce magnifique domaine, la dalle céda, anéantissant au passage d'innombrables flacons, oeuvres d'un art sublime et nobles témoins historiques du talent familial. 
"Il est heureux que personne n'ait été là lorsque la maison s'est effondrée", conclut le propriétaire. 
(Je me surprends à penser que, quelques hommes morts à la tâche, bon, on en retrouve. Mais de vieilles bouteilles du Clos des Papes... Quel désastre!!) A supprimer avant de publier
 
Nous entreprenons la visite de la cave le cœur gros; les explications techniques et anecdotes croustillantes de V.A. allègent vite l'atmosphère. La dégustation sur foudre nous électrise de plaisir; chacun y va de son petit commentaire: celui-ci est plus extrait, la structure est plus ferme en fin de bouche; la richesse de celui-là le rend davantage charmeur au premier abord; quelle stupéfiante aromatique sur le suivant! Nous tombons d'accord néanmoins sur le dernier, qui fait l'unanimité: fraîcheur exquise, rondeur suave, tanin chirurgical, arômes délicats et complexes, plénitude sensuelle... Normal, nous dit le créateur, ce foudre contient l'assemblage final... ha oui, bien sûr.
Deux heures passent, où le maître des lieux nous gratifie de nombreux détails qui revêtent selon lui une cruciale importance si l'on veut effleurer l'esprit, la philosophie Avril. Nous apprenons, subjugués, que la sœur du vigneron est propriétaire d'un hôtel dans le sud-est de l'Irlande, agrémenté d'un restaurant élu plus belle carte des vins de toute l'Irlande! Devinez quel est le "vin maison" du restaurant?...
 
Nous pensons avoir épuisé les ressources temporelles de notre hôte. C'était bien mal évaluer le sérieux, le professionnalisme, la générosité, le caractère épicurien aussi, de monsieur Avril!
En effet, ce n'est que maintenant que la vraie dégustation commence. Blancs, rouges, s'enchaînent, incalculables; et il ne faut pas titiller l'homme, croyez moi! Mon comparse se risque à un " il doit pas en rester beaucoup des 2005..." nonchalamment, faussement désintéressé; V.A. dégaine aussitôt! Le fameux... Quel nectar! Comme quoi les américains, ils ne disent pas que des...(supprimé lors de la publication)
 
Nous terminons rassasiés, heureux, des étoiles plein les yeux. 
Je vous remercie, monsieur Avril; mes hommages à votre défunt père qui a accompli de grandes choses, chacun sait; il a su porter bien haut l'appellation, son Clos, et su communiquer une passion de la vigne à un digne fils aujourd'hui magnifiquement émancipé d'un nom aussi glorieux.

 

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