Restaurant Pollen.

La porte cochère est une porte carrossable. Cendrillon pût, délicatement parfumée, pénétrer l’enceinte de Pollen en toute légitimité; avant minuit cela s’entend.

Elle est le plus souvent installée (la porte cochère, pas Cendrillon) à l'entrée d'un bâtiment public tel qu'une mairie, un tribunal (certaines en savent quelque chose), une préfecture, mais également à l'entrée d'une demeure bourgeoise, d'un hôtel particulier, d'un manoir... bref, ici c’est le luxe

 

Je me faufile furtivement par ce passage colossal, et pour cause: ma compagne et moi sommes en retard (surtout sa faute). 

A propos, tiens, petite parenthèse. J’en profite pour annoncer au monde des dîneurs, qu’ils soient êtres bienveillants, âmes neutres, ou vicieuses charognes... que c’est tout à fait insupportable, exaspérant, motherfucking énervant, de les voir se pointer la gueule enfarinée après l’heure. Non mais sans rire, vous n’avez jamais entendu « qu’APRES l’heure, c’est PLUS l’heure »? C’est pas comme si c’était pas spécifié sur le site du restaurant, et sur la devanture, et sur la carte! Il faut qu’on vous scarifie les horaires sur le cœur? 

Mais je m’emballe. Reprenons. 

J’entre avec quelques minutes de retard, donc, dans la cour (pas celle de cassation, même si, concédons le, je le mériterais) de Pollen. Et là, premier choc, ma femme n’éternue pas. (Totalement confus, je devais la faire au moins une fois, Check)

C’est beau, c’est classe. Harmonieux dans les couleurs, doux dans les lumières. Atmosphère chaleureuse et enjouée. Il y a du monde; éclectique, le monde. Le lieu caresse immédiatement votre cœur, avec une tendresse moderne, un dynamisme cool, une musique silencieuse. Bref, ici c’est le calme.

Monsieur Desmarest, cv long comme le bras, auréolé de saintes, diverses, et innombrables consécrations par ses pairs, journalistes, critiques gastronomiques, sénateurs, ministres, présidents...! S’avance vers nous, sourire forcé (rappelez-vous, l’heure...), beau comme un éphèbe, athlétique et rayonnant. Il nous énonce une carte fort prometteuse, avec faconde et passion. Si le ramage de sa cuisine se rapporte au plumage de ses mots, sans nul doute nous nous en irons conquis (en un mot).

Et l’oratorio débute: une valse de tableaux, virevoltant sous nos yeux enfantins, émerveillés; où les assiettes servent ici de toiles: huiles ondoyantes, gouaches luminescentes; les aquarelles claires-obscures succèdent aux arabesques pastel dans une eurhythmie dansante, hypnotique. Bref, la voici la volupté.

Cuissons au scalpel, assemblages audacieux et justes, saveurs exquises, rien ne manque pour une expérience gustative intense et mémorable. Jusqu’au service, orchestré par les cuisiniers eux-mêmes (comme quoi, les cuisiniers ne sont pas TOUS des ours mal léchés, décérébrés et sans aucune forme de compassion), de main de... cuisiniers. Sérieusement, tout est parfait.

Mais je ne saurais clore mon propos sans aborder le sujet ô combien crucial du vin...

Pierre Baud. Pardon, Pierre-EMMANUEL Baud. Le sommelier de la maison.

Noeud-Pap’, chemise, baskets. Tendance un petit peu, novateur aussi. Un rien provocateur, mais avouons-le, cela colle bien au personnage... Son comportement, mutin, son indiscutable connaissance du vin, ses mots rieurs et spirituels participent d’une soirée délicieusement impertinente et virtuose. La sélection est originale sans être outrecuidante, recherchée, mais pas vaine, surprenante, dans le meilleur sens du terme. Ses grivoiseries sont délectables tout autant que les mets de M.D. ou presque; ces deux-là forment un diptyque ambitieux, qu’amis allergiques, vous pouvez visiter sans crainte (re pardon). 

 

Ma femme et moi partons les derniers (grrrr, ceux-là sont les pires!). Ivresse poétique et satiété lyrique nous étourdiront encore longtemps, dans une persistance aromatique que Pollen nous aura élégamment infusée...

 

Huiles ondoyantes...

...Gouaches luminescentes...

...Aquarelles claires-obscures...

...arabesques pastel.